Autoportraits
L’artiste conceptuel Vladimir Nikolic a passé deux nuits au musée Mercedes-Benz pour retracer avec humour les mimiques des illustres modèles
L’idée de mimer l’expression d’une voiture, l’artiste conceptuel et vidéo serbe Vladimir Nikolic l’a déjà eue quand il était enfant. A l’époque, chaque jour, sur le chemin de l’école, il suivait du regard avec envie les voitures qu’il voyait passer depuis le bus et imitait en cachette leurs différents visages.
Ce jeu a débouché, en 2001, sur une série portant le titre Autoportraits, dans laquelle Nikolic interprétait avec expressivité 16 visages automobiles différents des rues de Belgrade et prouvait ainsi avec humour la créativité inventive qui est la sienne. Mais à l’époque, il accordait plus d’importance à l’effet saugrenu : « En serbe, un autoportrait, c’est un portrait qu’on fait de soi-même. Dans le titre, je joue donc avec la double signification du mot « auto » pour souligner le rôle de la voiture comme partie de l’identité humaine. Bien qu’une voiture ne soit composée que de métal, de plastique et de caoutchouc, nous développons un rapport fortement émotionnel avec elle. Nous choisissons une voiture qui nous caractérise. Pour moi, c’est donc une histoire d’identité que racontent les Autoportraits. »
Nous rencontrons Nikolic au musée Mercedes-Benz de Stuttgart où il produit une nouvelle édition d'Autoportraits. Pendant deux nuits d’intense concentration, il se met en scène et se photographie dans une lumière théâtrale, aux côtés d’une sélection de Mercedes-Benz classiques et de modèles actuels. « C’est incroyable le nombre de caractères et d’émotions différents que l’on trouve dans une ligne automobile. Pas seulement au niveau de l’avant des voitures, de leur visage pour ainsi dire, mais du corps entier de chaque véhicule. »
Comme pour une étude de caractère, Nikolic observe les voitures sous toutes les coutures pour trouver la perspective qui est la plus expressive et pour l’interpréter grâce à son empathie, visiblement innée. Après la production, il nous a révélé les émotions qui le lient aux six modèles choisis :
Mercedes-Benz 300 SL
« Une très belle voiture. Elle a su s'imposer en voiture de sport puissante, sans cependant nous intimider. Comme si elle voulait nous dire : « Je peux te vaincre à tout moment, mais n’ai pas besoin de le faire. » La ressemblance avec une mouette est aussi quelque chose de sympathique à mes yeux. »
Mercedes-Benz 220S
« Les contours métalliques autour des phares ressemblent aux sourcils d’un visage triste. Le pare-chocs m’évoque la même association, il suggère une bouche légèrement déçue. »
Mercedes-Benz Class C Coupé
« La forme des phares me rappelle un regard agressif avec des sourcils haussés, tandis que le pare-chocs nous lance : « Hors de mon chemin ! »
Dans cette composition, il y a aussi une certaine anticipation, comme si la voiture s’apprêtait juste à démarrer. »
Mercedes-Benz W25
« Comme c’est une voiture de course, la W25 n’a pas de phares, c’est pour ça que j’ai les yeux fermé.
Tout l’avant s’avance vers un seul et même point, comme si la voiture cherchait à embrasser quelqu’un. Mon visage est concentré vers mes lèvres tendues qui brûlent d’approcher cette voiture dynamique et très érotique. »
Mercedes-Benz SLS AMG
« Une voiture fantastique, sans agressivité visible. Ce n’était pas simple d’y découvrir une expression, mais je crois que les phares dégagent une certaine désinvolture. »
Mercedes-Benz W154
« Un vrai défi. La calandre me rappelle des dents entre des lèvres retroussées, mais dans le même temps, un sourire étrange les cache. « Hé hé hé, tu vas voir ce que tu vas voir ! » semble-t-elle nous dire. J’ai ouvert la bouche en esquissant simultanément un sourire, comme si je voulais dissimuler celui-ci. Et c’est comme ça que ça a fonctionné. »
Vladimir Nikolic vit et travaille à Belgrade. Ses œuvres vidéo et installations sont présentées lors d’expositions internationales individuelles ou en groupe.
Vous trouverez plus d’informations sur son art sur : www.vladimir-nikolic.com


