Nomad : au-delà des frontières

Nomad nous a parlé de ses préférences musicales très hétéroclites, du pouvoir guérisseur du rocksteady, de la deep soul et de ses choix musicaux 2012.

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Have it your way, Nomad

Pour le lancement de notre rubrique Des créatifs parlent de musique, nous avons réalisé une interview de l’artiste berlinois Nomad. Il compte parmi les artistes urbains les plus connus et les plus anciens. Il a traversé l’Europe dès les années 1980 pour laisser libre cours à sa créativité dans les rues de métropoles, telles que Paris et Berlin. Pourtant, Nomad n’estime pas appartenir au contexte du street art: avec les années, il a développé une écriture variée et marquante, empreinte de concepts originaux et de déclarations provocantes, qui lui a permis de se faire une place à part entre le street art et la scène artistique. C’est pourquoi Nomad est autant apprécié dans le milieu du graffiti que par les stars hollywoodiennes Demi Moore et Ashton Kutcher, qui l’ont hébergé pendant un mois dans leur maison avec pour mission de la redécorer.

Nomad aime à se qualifier lui-même de in-betweener - c’est-à-dire d’artiste évoluant à la frontière de deux univers différents. Il s’est fait un nom dans la rue avec notamment sa série Mr. Friendly, pour laquelle il récupérait des objets mis au rebut et les peignait avant de les déposer dans des lieux publics. Il transformait ainsi des déchets supposés sans valeur, en véritables pièces de collection. Il a entre-temps élargi ses moyens d’expression dans le cadre de diverses expositions, grâce à des projets interactifs consistant à associer la poésie et la peinture street art. Nomad flâne également à la frontière de l’art et de la musique: cette dernière est pour lui source d’inspiration, mais pas seulement. Elle est aussi une deuxième passion qui occupe un espace important dans sa vie de fervent collectionneur de disques et de DJ actif. Nous avons demandé à Nomad, esprit libre, rebelle et créatif, qui évolue à la frontière de plusieurs univers, de nous dévoiler ses préférences musicales ainsi que les disques qui l’ont marqué.

Y a-t-il un artiste, un album ou une chanson qui est ou a été une véritable source d’inspiration dans ta démarche artistique personnelle?
Il y en a des dizaines et chaque année s’y ajoutent de nouvelles chansons. J’ai réalisé une œuvre intitulée 9 Records That Changed My Life, pour laquelle j’ai repris les couvertures de huit de mes albums préférés en y glissant une de mes créations (The Nomades - Kicked Out Of Hell For Bad Behaviour).
Si je me limitais à une seule chanson, je ne serais pas exact. La vie présente bien trop de facettes pour se borner à une chanson ou un disque.

Cite-nous un disque qui te rappelle le meilleur été de ta vie. Quels souvenirs associes-tu à ce disque et quelle place occupe-t-il pour toi?
Même chose (rires)! J’ai passé trop de bons étés. Mais il y a des moments où j'ai pu mesurer la liberté comme avec cette sensation que j’ai eue à 20 ans lors d’un trajet de nuit sur la Highway 101 en écoutant en boucle le 33 tours American Beauty de Grateful Dead.

Y a-t-il un disque qui te rappelle ton premier amour?
Le premier disque que ma mère m’a offert pour mon dixième anniversaire était de Blondie - Parallel Lines. J’avais longuement insisté pour l’avoir. J’étais amoureux de Debbie Harry depuis la première fois que je l’avais vue. Ma sœur n’arrêtait pas de me charrier parce qu’elle pensait que j’étais tombé amoureux de Debbie Harry uniquement parce qu’elle ressemblait à maman… ce qui était vrai!

Quelle chanson aurais-tu aimé composer toi-même ou quel disque aurais-tu aimé faire toi-même et pourquoi?
Les morceaux Octet, Music For A Large Ensemble et Violin Phase de Steve Reich. Depuis 20 ans, ce disque me donne des frissons. Le mariage des instruments à corde avec les instruments à vent et les légers déphasages polyrythmiques me font complètement craquer. De tous les avant-gardistes, il est vraiment la référence.

As-tu une chanson défouloir? De quoi te libère-t-elle?
Des centaines. Pour les peines de cœur et les dépressions, je recommande toujours le early rocksteady jamaïcain: Alton Ellis, The Ethiopians, The Congos, Justin Hinds & The Dominoes. Ça vous remet tout de suite les pieds sur terre. C’est pareil pour la deep soul. Mon morceau défouloir du moment est Johnson, Hawkins, Tatum & Durr's You Can't Blame Me. Si vous n’êtes pas complètement guéri après cette chanson, il faut aller voir un médecin.

Quel morceau écoutes-tu lorsque...
...tu es mélancolique?

Je ne suis jamais mélancolique - car je mets en application la réponse précédente!
...tu es joyeux?
Tout et n’importe quoi. En ce moment, beaucoup de modern soul et bien sûr de l’afro.
...tu cuisines?
J’écoute la radio Funkhaus Europa de Cologne, ils passent de la musique multiculturelle et ne racontent pas n’importe quoi, donc ça me va.

Quelle est selon toi la nouveauté musicale 2012?
Le gars qui m’a vraiment convaincu dernièrement est le producteur de house/techno DAPHNI (note de la rédaction: il s’agit d’un alter ego du producteur canadien Caribou). Il associe de l’afro et des éléments tribaux avec de la techno sans que ça devienne lourd. Les morceaux sont vraiment top.

Ton art suscite une très large reconnaissance. Musicalement parlant, tu es un DJ plutôt expérimental et tu n’hésites pas à essayer de nouveaux styles et genres. Comment cela se fait-il?
J’aime la diversité. La musique présente de multiples facettes et je collectionne tout, de la musique avant-gardiste au reggae, en passant par le disco et le rock allemand (Krautrock). J’aime passer de la musique lounge dans les bars mais j’aime aussi mixer pendant trois, quatre heures dans des clubs remplis de monde pour faire perdre la tête aux gens. Pour ce qui est de l’art, j’ai beau m’adapter aux événements de la même manière, je ne peux pas aller à l’encontre de mon propre style. En tant que DJ, je passe la musique d’autres artistes sans altérer ma personnalité.

Actuellement, tu te produis comme DJ avec Vulkandance/Africaine 808 principalement, sur la scène des clubs berlinois. Quel est le concept de cette série et quel est son lien avec l’Afrique?
Je collectionne la musique africaine depuis tout petit car j’ai toujours été fasciné par le rythme et les percussions. Lorsque mes parents m’ont demandé quel instrument je voulais apprendre, j’ai répondu la batterie et j’ai reçu un horrible orgue Bontempi. C’est ma passion pour la musique africaine - qui n’est autre que le berceau du blues, du jazz et du funk, donc le fondement de notre musique populaire actuelle - qui m’a conduit à organiser ces soirées. L’idée était de partager la beauté de cette musique et de la faire découvrir à un large public.

Le street art et la musique vont très bien ensemble mais un observateur extérieur s’attendrait plutôt à du hip-hop, non? Ou bien ne s’agit-il que d’un cliché ou d’un mythe?
Ce sont des clichés médiatiques. Je ne suis pas un street artist et si j’en étais un, je serais dans l’obligation de retirer cette étiquette à bien d’autres artistes qui se définissent comme tels. L’art et la musique vont de pair, ils ne se différencient que par leur longueur d’onde physique. Avec Vulkandance, je travaille chaque fois sur un concept déco élaboré; la musique, la réservation et le lieu sont parfaitement customisés. C’est pour moi ce qui fait tout l’intérêt de ces soirées. Les visuels, la musique, les invités et les hôtes doivent former un parfait équilibre.

Un de tes moments forts est la prestation que tu as réalisée comme DJ, combinée à la création d’un tableau sur toile. Comment cette idée t’est-elle venue?
Ah, ce n’était qu’un gag que j’ai fait lors de l’inauguration d’une exposition personnelle dans une galerie de Sofia. J’ai mixé pendant trois heures et demie, peint un tableau de 2 x 4 mètres et cuisiné un menu composé de deux plats pour 200 convives. L’exposition retraçait la nouvelle création de l’univers, CREATION 2.0. J’ai donc essayé de ressentir l’histoire de la création en trois jours et demi, soit la moitié du temps qu’il en a fallu à Dieu.

Quels sont tes projets actuels? As-tu des événements de prévus (soirées, expositions) où l’on peut venir voir l’artiste ou le DJ en action?
Je suis en train de préparer avec des amis londoniens une soirée Vulkandance qui aura lieu lors des Jeux olympiques de Londres. Je mixe ce soir dans une soirée Berlinoise puis je pars pour Paris où s’ouvre le 18 février une exposition sur Berlin qui présentera l’une de mes installations.

TAGS NOMAD, ARTISTE, MUSIQUE, STREET ART, CONCEPT 2.0, MR. FRIENDLY, VULKANDANCE/AFRICAINE 808, BERLIN

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