L’évolution esthétique

Alexander Semenov, biologiste marin, passe six mois chaque année dans une station de recherche de la mer Blanche, au nord de la Russie. Ses photographies sous-marines spectaculaires montrent la faune arctique à travers le regard d’un chercheur aux yeux d’esthète

mercedes-benz-magazin-alexander_semenov_avec_son_équipement_©_alexander_semenov
Alexander Semenov avec son équipement © Alexander Semenov

Alexander Semenov savait que les fonds sous-marins qui s’offriraient à lui à travers son masque de plongée ne lui offriraient pas un spectacle désolé et sans vie. Pourtant, ce qu’il a découvert lors de sa première plongée dans les eaux russes de la mer Blanche, il y a cinq ans, l’a tellement estomaqué que son détendeur lui en est tombé des lèvres. « Peu d’entre nous ont une idée de la diversité des espèces, des couleurs et de l’étrangeté des formes de vie que l’on trouve ici », s’exclame Semenov avec enthousiasme.

Pour Semenov, ce sont les étendues vierges de la taïga dans laquelle ce Russe de 26 ans s’est retrouvé, après ses études de biologie et qu’il n’a plus quittées depuis. Totalement isolée, la Station biologique de la mer Blanche - qui dépend de l’université Lomonosov de Moscou - se situe juste en-dessous du cercle polaire, à environ 1 000 km au nord de Saint-Pétersbourg. Jouissant d’une excellente réputation à l’échelle internationale, cette station dissimulée dans le golfe de Kandalakcha (66o 34’ N, 33o 08’E) permet aux chercheurs et aux étudiants du monde entier de découvrir, et d’étudier au plus près, l’écosystème complexe de cette dépendance de l’océan arctique.

La mer Blanche abrite relativement peu d’espèces de poissons et de mammifères marins ; elle est davantage connue pour ses 700 organismes invertébrés dont certains sont endémiques à ces eaux, comme les cyanées capillaires (ou méduses chevelues), les crevettes squelettiques rouge vif, les cténophores lobés bioluminescents et les minuscules Limacina Helicina (ou papillons de mer). Cette espèce d’escargot de mer se nourrissant essentiellement de plancton, elle a développé deux ailes qui lui permettent de se laisser flotter dans les profondeurs abyssales.

Lui-même fils de deux biologistes, Alexander Semenov s’est spécialisé dans l’étude de ces invertébrés aux allures d’extra-terrestres. Mais contrairement à de nombreux collègues dont les recherches - dans des laboratoires stériles - portent sur les aspects moléculaires ou génétiques des espèces, Semenov mène ses travaux de recherche fondamentale sur le terrain. A l’instar du légendaire Jacques-Yves Cousteau, il souhaite parler de ce que lui apprend la mer, comprendre la vie marine et l'immortaliser en images.
« Le monde subaquatique est un univers à part entière que très peu d’entre nous connaissent. Avec une bouteille d’oxygène, je peux partir à sa découverte pendant une heure et demie comme un véritable explorateur et observer les organismes fascinants qu’il abrite. Mais une fois au sec, quand j’observe mes photos une tasse de thé à la main, je me dis que ces créatures doivent venir d’une autre planète (…). »
Cette fascination joue un rôle de premier plan dans la deuxième passion de Semenov, la photographie sous-marine. Bien que les débuts aient été difficiles, il a fait de ce hobby une véritable activité professionnelle et a appris à s’adapter à la perfection aux conditions hostiles, comme les habitants de cette mer.

Malgré ses 50 kg d’équipement, ses doigts raidis par le froid et les blocs de glace qui flottent au-dessus de sa tête, Semenov évolue parmi des créatures quasiment invisibles et réalise des clichés d’escargots flottants, d’hydrozoaires lumineux et de méduses arctiques translucides dont se dégage une vie étonnante.

Ses photos ont notamment été publiées dans l’édition russe du National Geographic Magazine ainsi que dans l’atlas consacré à la flore et la faune de la mer Blanche.
Non seulement ces images nous montrent le génie inventif de l’évolution pour créer la vie, mais aussi toute la beauté de ces formes de vie dès lors que l’on sait les observer.
« Je tiens à ce que mes photos aient une valeur informative, mais aussi artistique. Faire fusionner la science et l’art est un véritable challenge pour moi, car ces images nous touchent bien davantage que des tableaux et des graphiques. Elles stimulent notre perception de la nature. »

En dehors de la station, aucune trace de civilisation à perte de vue. Autour, ce ne sont que forêts, marécages et baies maritimes. « L’horizon s’étend à perte de vue. L’été apporte ses journées ensoleillées sans fin et l’hiver les couleurs des aurores boréales qui justifient à elles seules de vivre dans le grand Nord. »

Si cette destination vous paraît trop lointaine, nous vous conseillons fortement de vous rendre sur le blog de Semenov où il dévoile et commente avec humour ses photographies fascinantes.

Blog d’Alexander Semenov :
www.clione.ru

Station biologique de la mer Blanche :
www.en.wsbs-msu.ru (en anglais)

 

TAGS PHOTOGRAPHIE, ALEXANDER SEMENOV, KANDALAKCHA, LIEUX

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